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La chasse aux lesbiennes est ouverte

jeudi 9 mars 2006, par

Alors que la législation est très tolérante à l’égard de l’homosexualité, les lesbiennes font régulièrement l’objet de menaces et de violences.

Il a fallu deux semaines pour que la nouvelle du meurtre sauvage de Zoliswa Nkonyana, une jeune lesbienne Khayelitsha, parvienne jusqu’aux médias. L’enquête policière initiale a, semble-t-il, été bâclée. Selon le Sunday Times, la police n’a pris contact avec l’unique témoin qu’après avoir été informée de son existence par un journaliste, ce que dément le policier chargé de l’enquête. “Je me préparais à aller recueillir sa déposition”, assure l’inspecteur Geldenhuys.

Aucun parti politique ou responsable municipal n’a publiquement condamné l’assassinat de la jeune femme.

Pour la presse locale, si l’événement a été passé sous silence, c’est parce que ni la police, ni les groupes de pression homosexuels n’avaient tiré le signal d’alarme. Mais les militants de la cause homosexuelle et certains membres de la communauté gay et lesbienne accusent les médias traditionnels de n’avoir jamais pris la mesure des menaces et des circonstances exceptionnelles auxquelles sont confrontés les Noirs homosexuels. “La communauté gay elle-même porte une part de responsabilité”, déplore Glenn de Swardt, du Triangle Project. “Nous en sommes venus à trouver normal ce genre d’attitude, et la plupart des homosexuels pensent que la seule façon d’y faire face est de se taire. Si on parle du meurtre de Zoliswa, c’est parce que le Sunday Times m’a appelé pour un sujet qui n’avait rien à voir avec les gays, juste au moment où on venait de m’annoncer ses funérailles. Sans cela, ç’aurait été un meurtre comme un autre à Khayelitsha.”

La police a tardé à engager son enquête

Selon les groupes de défense des gays et lesbiennes, il s’agit d’un crime inspiré par la haine, tout à fait classique. Le 4 février, une vingtaine d’hommes ont attaqué cette jeune fille âgée de 19 ans. Des jeunes de 17 à 20 ans l’ont poursuivie, lui ont lancé des briques et l’ont finalement frappée avec un club de golf, à quelques mètres seulement de son domicile. Zoliswa et une amie s’étaient d’abord fait traiter de lesbiennes par un groupe de filles hétérosexuelles sur lequel elles étaient tombées dans la rue. Six jeunes gens ont depuis été arrêtés et ont récemment comparu devant les tribunaux. Leur demande de libération sous caution a été examinée le 28 février. Même si la police a d’abord mis du temps à réagir, reconnaît Dawn Betteridge, directrice de Triangle, “elle a fait, depuis, des progrès considérables”. Mais les homosexuels qui vivent dans les townships du Cap ne sont pas surpris par la réaction de la police. Pour Thso Gcakafi, l’amie de Zoliswa et sa coéquipière dans le club de football Wini Soccer Club, la police des townships se moque souvent des lesbiennes et des gays, et elle les traite avec mépris lorsqu’ils déposent plainte pour viol, agression ou menaces de mort. Selon Mme Betteridge, insultes, violences, viols et tentatives d’intimidation sont le lot quotidien des homosexuels des townships. “Ils y sont tellement habitués que, quand cela va au-delà, ils sont tout surpris”, ajoute-t-elle. Selon Thso Gcakafi, qui vit à Nyanga East et qui est l’une des cofondatrices du Wini Soccer Club, l’équipe de football a été créée il y a deux ans pour pour éloigner les jeunes lesbiennes des shebeens [boîtes de nuit semi-clandestines] et autres endroits mal famés, où elles se faisaient souvent violer. “Nous sommes visées parce que nous sommes lesbiennes. Les hommes y voient une invitation à violer”, accuse-t-elle. Même si les homosexuels se font souvent agresser, elle-même n’avait jamais craint pour sa vie avant le meurtre de son amie. “Mais nous n’allons pas fuir. Nous allons protester. Nous allons protester contre la façon dont la police nous traite. Nous ferons en sorte que les gens sachent qui nous sommes”, martèle-t-elle.

Cependant, il existe quelques raisons d’espérer et des signes de compréhension. “J’aime ma fille, confie Monika Mandindi, la mère de la jeune fille assassinée. J’ai compris qu’elle était lesbienne alors qu’elle était encore enfant. Tout le monde l’acceptait telle qu’elle était. Sa mort m’a brisé le cœur, elle était la seule enfant que Dieu m’avait donnée.” Plus de 400 personnes ont assisté aux funérailles de Zoliswa, et la première Marche des fiertés gay et lesbienne, dédiée à sa mémoire, a eu lieu début mars à Guguletu.

P.-S.

Marianne T hamm

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