Celle-ci était arrivée au pouvoir en 1948 et avait déjà pris diverses mesures ségrégationnistes. Mais elle souhaitait aller plus loin et instaurer un système de développement séparé en mettant en place un arsenal de discriminations politiques, économiques et juridiques. Dans cette vision raciste, qui voulait préserver la pureté de la race blanche, il semblait en effet logique de créer des sortes de réserves pour accueillir la population noire. Ce qui fut fait avec la promulgation du Bantu Authorities Act, qui attribua les territoires considérés comme appartenant aux tribus bantoues par le Native Land Act de 1913. Ce qui signifiait que près des trois quarts de la population sud-africaine allait devoir s’entasser dans des enclaves représentant 13 % de la superficie de l’Afrique du Sud. Deux autres lois – le Bantu Self Government Act de 1959 et le Bantu Homeland Citizenship Act de 1970 – allaient par la suite préciser les contours d’un nouveau système de gouvernement local et régional, basé sur les chefferies traditionnelles.
On créa une dizaine de bantoustans destinés chacun à abriter une ethnie particulière. Et on obligea les populations noires, quel que fût leur lieu de naissance et de résidence, à rejoindre le territoire de leur ethnie. Ce qui provoqua d’énormes mouvements de populations à travers tout le pays. C’est ainsi qu’apparurent sur les cartes dix territoires autonomes : le Bophuthatswana, le Ciskei, le Gazankulu, le Kwandebele, le Kwangwane, le Kwazulu, le Lebowa, le Qwaqwa, le Transkei et le Venda. Quatre d’entre eux (le Bophuthatswana, le Ciskei, le Transkei, et le Venda) accédèrent à l’“indépendance” à la fin des années 1970. Une indépendance bien évidemment fictive et qui n’a jamais été reconnue par la communauté internationale.
Les bantoustans, qui disposaient de gouvernements internes, étaient totalement exclus du processus de développement économique. Sans infrastructures ni industries, les populations entassées étaient condamnées à l’agriculture alors même que l’autosuffisance alimentaire ne pouvait être atteinte. D’où la nécessité, pour tous ceux qui le pouvaient, de demander un pass (passeport intérieur) afin d’aller chercher du travail dans les régions minières ou dans la périphérie des centres urbains réservés aux Blancs. Les bantoustans disparurent en 1994 avec la fin de l’apartheid.