“Ce qui est bouleversant quand on a un bébé, c’est qu’on sait qu’il n’est pas question de changer d’avis. On ne peut qu’aller de l’avant”, confie Mme Zille, qui a été élue à la tête de l’Alliance démocratique (DA) le 17 mai. Mme Zille, qui a battu deux candidats masculins, proclame que si elle avait été élue parce qu’elle possède un chromosome X et non un chromosome Y, elle se sentirait “gravement insultée”. Helen Zille, mère de deux enfants et ancienne journaliste [rendue célèbre par une enquête sur l’assassinat de Steve Biko qui démentait la thèse officielle du régime d’apartheid], aura fort à faire. Helen Zille est le premier chef de l’opposition de l’Afrique du Sud démocratique à exercer deux fonctions simultanément. Elle a demandé à ne pas abandonner la mairie du Cap [seule grande ville sud-africaine qui ne soit pas dirigée par l’ANC, le Congrès national africain].
Mme Zille n’a aucun doute sur la politique que doit adopter l’opposition. “La chose la plus importante que nous puissions faire, c’est empêcher que quelques mains ne détiennent trop de pouvoir.” Helen Zille a déjà prouvé qu’elle était la reine des coalitions en constituant et en faisant durer l’alliance fragile qui l’a portée à la mairie du Cap. La première de ses priorités, c’est de conserver son électorat [essentiellement blanc, métis et indien]. Elle a d’ores et déjà du pain sur la planche au Cap, où une partie des électeurs du Parti national (parti de la communauté blanche), qui votaient jusque-là pour la DA dans la province du Cap-Occidental, ont montré une tendance à la défection.
Les tensions entre Helen Zille et Theuns Botha, le chef de la DA pour la province du Cap-Occidental, risquent de s’aggraver une fois qu’elle sera présidente du parti. “Nous devons avoir une organisation unie et forte, et la DA va très bien – mais il y a des problèmes, reconnaît-elle. Je pense que mon bilan au Cap parle de lui-même. J’ai pris la structure la plus divisée de tout le parti, une structure tellement paralysée par les dissensions internes qu’elle ne pouvait aller nulle part, et maintenant tout le monde travaille ensemble.” Deuxième et troisième priorités, “développer un nouvel électorat et regagner les électeurs [noirs] que nous avons perdus”. Ici encore, elle a un défi immédiat à relever : le très faible score de Joe Seremane, le seul candidat noir à la présidence du parti, risque de faire passer la DA pour un parti raciste. Mme Zille souligne que le poste de secrétaire général – auquel Seremane a été élu sans rival – “n’est pas une fonction mineure” au sein de la DA. “Je dirigerai le parti avec lui, précise-t-elle. Joe est un humaniste jusqu’à la moelle. Il a eu le courage de rejoindre l’opposition alors qu’il avait participé à la lutte [contre l’apartheid, au sein de l’ANC, parti au pouvoir depuis 1994]. C’est l’exemple qui montre qu’on peut voter pour l’opposition sans trahir son passé.”
Même si beaucoup pensent que la survie à long terme de la DA repose sur la reconquête de l’électorat dans le Cap-Occidental, cet objectif n’est que la troisième priorité sur la liste de Mme Zille. Helen Zille voit plus loin : elle souhaite que la DA puisse concurrencer le pouvoir de l’ANC aux niveaux national et provincial. Elle rappelle avec insistance qu’il n’y aura pas de coalition officielle avec l’ANC et voit manifestement d’un mauvais œil les coalitions DA-ANC qui dirigent certaines municipalités. “Je m’efforce de mettre sur pied une coalition d’opposition : c’est bien pour cela que je ne ferai pas appel à l’ANC au Cap, explique-t-elle. A mon avis, l’ANC éclatera au cours des six ou sept ans à venir et ce réalignement rendra possible de nouvelles coalitions. Mais une coalition avec l’ANC est pour le moment absolument hors de question.” Quant aux coalitions qui existent déjà avec l’ANC, “on ne peut pas édicter de règles permanentes qui s’appliqueront partout. Il faut avoir des principes et il faut aussi voir les choses de façon pragmatique.”